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Des Assemblées générales de copropriétaires inoubliables à Londres, à Montréal, à Kuala-Lumpur, à New-York, à Bruxelles et à Genève…

Des Assemblées Générales Inoubliables …


GRANDE-BRETAGNE – Kensington Gardens Mansion, Londres

18h00 précises – Le thé et la tempête

Mrs. Pemberton-Smythe, présidente du residents’ committee, dispose méticuleusement les tasses de thé Earl Grey sur la table. Tout doit être parfait. Cela fait 47 ans qu’elle organise ces assemblées.

« Good evening, everyone. Shall we begin? »

Mr. Fothergill du Flat 12 lève immédiatement la main, sa moustache frémissante d’indignation.

« Before we start, I must address the elephant in the room. »

« There’s an elephant? » s’inquiète Mrs. Davies, 89 ans, qui n’entend plus très bien.

« It’s a figure of speech, Margaret, » soupire quelqu’un.

18h15 – Point 1 : Le drapeau

« Someone, » commence Mr. Fothergill d’une voix tremblante, « has been flying a European Union flag from their balcony. »

Silence scandalisé. Des tasses se figent à mi-chemin vers les lèvres.

« It’s MY flat, I can fly what I want! » déclare Ms. Chen-Rodriguez du Flat 8, accent londonien impeccable.

« But it’s… it’s political! »

« So is the Union Jack you’ve got tattooed on your arm, Nigel. »

« That’s DIFFERENT! That’s patriotic! »

Mrs. Pemberton-Smythe tape fermement sur la table. « Order! We are British. We will resolve this with passive-aggressive notes through letterboxes like civilized people. »

18h45 – Point 4 : Le jardin communal

« Now, » continue Mrs. Pemberton-Smythe, « Mr. Wickham has submitted a complaint about the communal garden. »

Mr. Wickham, 73 ans, tweed impeccable, se lève. « Someone has been planting… wildflowers. »

Gasps horrifiés.

« Wildflowers! Not properly arranged! Just… scattered! Like some sort of… meadow! »

« I quite like them, » ose timidement Mrs. Davies.

« Margaret, they’re WILD. There are RULES. English gardens have ORDER. Structure. Discipline! »

« It was me, » avoue Sebastian, le jeune architecte du Flat 3. « I’m rewilding. For the bees. »

« BEES?! »

« Yes, bees. You know, those fuzzy things that keep us alive? »

« Young man, we have had ROSES in that garden since 1887. Queen Victoria herself might have admired those roses! »

« Queen Victoria is dead, Gerald. »

« HOW DARE YOU! »

19h30 – Point 7 : L’incident de l’ascenseur

« Right, » dit Mrs. Pemberton-Smythe d’un ton las. « The lift incident. »

Tout le monde se tourne vers Colonel Hartley du Flat 15.

« It wasn’t my fault, » grommelle-t-il. « How was I supposed to know you can’t transport a full suit of medieval armor in the lift? »

« It got STUCK, Reginald! »

« The armor or the lift? »

« BOTH! »

« I was taking it to be restored! It’s been in my family since Agincourt! »

« You could have taken the stairs! »

« I’m 81 years old, I can’t carry a full suit of armor down six flights of stairs! »

« Then perhaps, » suggère calmement Ms. Chen-Rodriguez, « you shouldn’t OWN a full suit of armor. »

Le Colonel la regarde comme si elle venait de suggérer l’abolition de la monarchie.

20h15 – Point 12 : Le Brexit du parking

« Final point, » annonce Mrs. Pemberton-Smythe. « Mr. Thompson proposes that Parking Space 7 should become independent. »

Confusion générale.

Mr. Thompson, comptable obsessionnel, se lève avec un PowerPoint de 47 slides.

« Parking Space 7 has been paying into the communal parking fund for 15 years. But what have we received in return? NOTHING. No repainting. No resurfacing. Meanwhile, Spaces 1 through 6 get all the attention! »

« They’re closer to the entrance! » proteste quelqu’un.

« EXACTLY! Discrimination! Space 7 demands autonomy! »

« You can’t… it’s a PARKING SPACE! »

« It identifies as independent, thank you very much. »

Mrs. Pemberton-Smythe ferme les yeux très fort. « We will table this discussion. »

« Like we tabled Brexit? » marmonne quelqu’un.

21h00 – Le vote du thé

« All in favour of switching from Earl Grey to English Breakfast for future meetings? »

Émeute instantanée. Des gens se lèvent. Des voix s’élèvent.

« THIS IS AN OUTRAGE! »

« Earl Grey is TRADITION! »

« English Breakfast is more inclusive! »

« INCLUSIVE?! THIS IS KENSINGTON, NOT WOODSTOCK! »

Mrs. Pemberton-Smythe tape sur la table. « MOTION WITHDRAWN. We will continue with Earl Grey. Some things are sacred. »

Applaudissements soulagés.

Épilogue

En sortant, Sebastian murmure à Ms. Chen-Rodriguez : « They spent 20 minutes on tea and 2 minutes on the £50,000 roof repairs. »

« Welcome to Britain, darling. Priorities. »

Le Colonel sort avec sa tasse volée. C’est la tradition depuis 1973. Personne ne dit rien.


QUÉBEC – La Coopérative des Érables, Montréal

19h00 – Le retard stratégique

Sylvie, la présidente, arrive avec 15 minutes de retard. C’est volontaire – tout le monde sait qu’une AG québécoise ne commence jamais à l’heure.

« ‘Lo tout le monde! Bon, on va commencer, là. Y’a-tu quelqu’un qui veut un café? J’ai arrêté chez Tim’s. »

« MOÉ! » crient simultanément huit personnes.

Jean-Guy du 4ème est déjà en train de déballer une tourtière. « J’ai apporté d’quoi manger, on sait jamais combien de temps ça va durer. »

19h20 – Point 1 : Le déneigement

« Premièrement, » commence Sylvie, « le déneigement de l’hiver passé. »

« CALICE! » explose immédiatement Roger du 2ème. « On est en OCTOBRE! »

« Justement! Faut régler ça AVANT l’hiver! »

« Y’avait un char stationné dans cour pendant trois semaines en février, » explique Michel, le concierge. « J’pouvais pas pelleter. »

« C’T’ÉTÉ QUI? »

Silence coupable de Ginette du 3ème.

« Ginette… c’tait ton char? »

« Ben là… mon chum l’avait pris pis y’était parti dans le sud… »

« TON CHUM ÉTAIT DANS LE SUD PIS TON CHAR BLOQUAIT TOUTE LA COUR?! »

« Y’avait oublié où y l’avait parké! »

« Comment tu OUBLIES où t’as parké ton char?! »

« Y’était saoul. »

« GINETTE! »

20h00 – Point 3 : Le BBQ sur le balcon

« Bon, là, » dit Sylvie en soupirant, « y’a quelqu’un qui fait cuire du poisson sur son BBQ. »

Tous les regards se tournent vers Thanh du 5ème.

« Quoi? J’ai le droit! »

« Oui, mais TABARNAK, Thanh, ça pue dans tout l’immeuble! » proteste Jean-Guy.

« C’est du nuoc-mâm! C’est traditionnel! »

« J’m’en câlisse que c’est traditionnel, ça sent comme si quelqu’un avait échappé un orignal mort dans ventilation! »

« TOÉ tu fais frire de la graisse de rôti chaque dimanche! »

« C’EST DU RÔTI DE PORC, C’EST SACRÉ! »

« Bon, OK, OK, » intervient Sylvie. « On va-tu trouver un compromis, là? Thanh, tu peux-tu faire ton poisson quand Jean-Guy est pas là? »

« Y’est TOUJOURS là! Y’est retraité! »

« Justement! C’est ma maison! J’ai travaillé 40 ans à shop pour avoir le droit de sentir c’que j’veux! »

20h45 – Point 7 : Le party du 6ème

« Maintenant, » annonce Sylvie, « le party de la Saint-Jean au 6ème. »

Silence penaud des colocataires du 6ème – quatre étudiants de l’UQAM.

« Vous avez fait jouer ‘Mon Pays’ à 3h du matin, » dit calmement Roger.

« C’tait la Saint-Jean! » se défend Jérémie.

« À 3H DU MATIN! »

« C’est GILLES VIGNEAULT! On peut quand même pas chicaner du monde qui écoutent Gilles Vigneault! »

« J’TRAVAILLAIS À 6H! »

« Pis y’avaient un drapeau du Canadiens de Montréal accroché à’ fenêtre, » ajoute Michel.

« Pis? »

« On est en plein été! Y’a pas d’hockey l’été! »

« Le Canadiens, c’est 365 jours par année, Michel. C’t’une religion. »

21h30 – Point 11 : Le français vs l’anglais

« Là, y’a quelqu’un, » commence Sylvie prudemment, « qui a mis une annonce EN ANGLAIS dans l’ascenseur. »

Drame instantané.

« C’ÉTÉ MOÉ, » avoue Sarah du 1er. « J’vends un vélo pis j’voulais que tout le monde comprenne… »

« TOUT LE MONDE PARLE FRANÇAIS ICITTE! »

« Ben là, on est à Montréal, y’a des anglophones aussi… »

« ON EST AU QUÉBEC, CRISSE! »

« Roger, calme-toé, » intervient Sylvie. « Sarah a raison, on a des locataires anglophones. »

« Y’ont juste à apprendre le français! »

« Y sont icitte depuis 40 ans, Roger. Si y l’ont pas appris encore… »

« JUSTEMENT! QUARANTE ANS! »

Jean-Guy lève la main. « Moi j’ai une solution: on met les annonces en français, pis en dessous, en tout p’tit, on peut mettre l’anglais. »

« En TOUT p’tit? »

« Genre… police 8. Qu’on voie presque pas. »

Approbation générale. Le compromis québécois parfait.

22h15 – Point 14 : Le stationnement des visiteurs

« Bon, là on arrive au gros morceau, » annonce Sylvie. « Le stationnement des visiteurs. »

Groans collectifs. Ce débat dure depuis 1987.

« Y’a juste DEUX places pour 24 appartements! » commence Roger.

« On pourrait faire un système de réservation, » propose timidement Sarah.

« AVEC UNE APP! » suggère Jérémie.

« Une app? CÂLISSE, on est pas chez Google! On va-tu faire comme nos parents pis écrire su’un papier, là! »

« OK, mais le papier, on le met où? »

« Dans boîte à lettres! »

« Personne regarde jamais les boîtes à lettres! »

« BEN LÀ! C’EST QUOI LE PROBLÈME AVEC LE MONDE AUJOURD’HUI?! »

Trois heures de débat plus tard, ils décident de… garder le système actuel. Premier arrivé, premier servi.

1h30 du matin – La fin

« Bon ben… c’est toute? » demande Sylvie, épuisée.

« ATTENDS! » crie Ginette. « On fait-tu un party de Noël c’t’année? »

« CALICE OUI! » rugit Jean-Guy. « Pis c’te fois-là, on commande PAS de Pizza Pizza! On commande du St-Hubert comme du monde civilisé! »

« St-Hubert c’est trop cher! »

« TOÉ T’ES CHEAP, ROGER! »

La chicane reprend. Sylvie se sert un autre café.

Épilogue

En sortant à 2h30 du matin, Thanh murmure à Sarah : « On s’est chicanés pendant 7 heures pis on a rien réglé. »

« Bienvenue au Québec, ma belle. On appelle ça la démocratie. »

Dans cour, le char de Ginette a déjà trois tickets de stationnement. Son chum est encore dans le sud.

Roger mange le reste de la tourtière de Jean-Guy, directement dans le plat. Personne dit rien. C’est la tradition.


MALAISIE – Taman Megah Condominiums, Kuala Lumpur

20h00 – Sous la chaleur et la tension

Puan Rohani, la présidente du comité des résidents, tapote le microphone. La salle commune climatisée est bondée. On entend le muezzin au loin, mélangé au bourdonnement de la ville.

« Assalamualaikum, selamat petang, good evening to everyone. »

Chaque phrase est répétée en trois langues – malais, mandarin, anglais. Ça prendra du temps.

Oncle Wong du Bloc A agite son éventail avec impatience. Auntie Khadijah vérifie son téléphone. Mr. Subramaniam a apporté des muruku dans un tupperware qu’il partage déjà.

20h15 – Point 1 : La piscine

« First issue – the swimming pool, » commence Puan Rohani. « Someone has been… »

« COOKING! » explose immédiatement Auntie Mei Ling. « Someone cooking INSTANT NOODLES at the poolside! »

« It’s not cooking lah, » proteste quelqu’un. « Just hot water only. »

« STILL! Got oil floating in pool! Very disgusting! »

« Plus, » ajoute Mr. Kumar, « someone threw chicken bones in the pool. »

« Not me! » clame Encik Azman. « I’m vegetarian! »

« Since when? » demande Oncle Wong, suspicieux.

« Since… last week. Doctor said my cholesterol very high. »

« Last week I saw you at Nasi Kandar eating rendang! »

« That was… chicken rendang! Chicken not meat! »

Confusion générale sur la définition de « viande ».

21h00 – Point 3 : L’odeur mystérieuse

« Now, » continue Puan Rohani prudemment, « the smell issue. »

Silence tendu. C’est LE sujet explosif.

« Every Friday night, » commence Mrs. Lim, « got very strong smell from Level 7. »

« It’s durian! » accuse quelqu’un.

« NOT DURIAN! » proteste Encik Halim. « Is belacan! Sambal belacan! Traditional! »

« Belacan?! At 11pm?! »

« I cook late! I work late! »

« Cannot meh? » intervient Auntie Khadijah. « My husband also cook belacan. Is normal lah. »

« But Level 3 also got strong smell, » ajoute Mr. Tan. « Smell like… like… »

« Like what? » demande froidement Mrs. Chen du 3ème.

« Like… preserved vegetables? Very… pungent? »

« IT’S KIMCHI! Korean kimchi! Very healthy! Good for digestion! »

« But why so strong?! »

« I make 50 kilos! For whole year! »

« FIFTY KILOS?! In condo?! Where you keep? In bathtub ah?! »

Silence coupable.

« Mrs. Chen… you keep in bathtub? »

« Only small bathtub! Guest bathroom! Nobody use anyway! »

21h45 – Point 6 : Le parking

« The parking situation, » annonce Puan Rohani avec lassitude.

Oncle Wong se lève immédiatement, son dossier préparé depuis des semaines.

« Lot number 47! » déclare-t-il dramatiquement. « ENCROACHING into Lot 48 by 15 centimeters! »

Il brandit une photo avec des mesures au laser.

« Wah, uncle, you measured ah? » s’étonne quelqu’un.

« OF COURSE I measured! I’m engineer! Retired, but still engineer! »

« Fifteen centimeters only what, » minimise le propriétaire du Lot 47. « So small. »

« SMALL?! My Mercedes cannot open door properly! Every time must squeeze like sardine! »

« Then buy smaller car lah! »

« BUY SMALLER?! I worked 40 years for this Mercedes! You want me drive Myvi ah?! »

« Myvi very good car! Fuel efficient! »

« NOT THE POINT! »

Mr. Subramaniam lève la main. « Actually, Lot 23 also got problem. Someone always park blocking. »

« That’s the Grabfood delivery! » explique Puan Rohani. « They only stop 5 minutes. »

« Five minutes?! Last time one stayed 45 minutes! I think he ate the food himself! »

22h30 – Point 9 : Le ramadan et le nouvel an chinois

« This is… sensitive topic, » commence prudemment Puan Rohani. « About festivities. »

Tout le monde se redresse. Religion et fêtes = terrain miné.

« During Ramadan, » explique Encik Azman, « some people barbecue at 6pm. When we breaking fast, smell everywhere. Very hard to control nafsu. »

« But 6pm is normal dinner time, » proteste Mrs. Tan.

« Can you maybe… barbecue later? After 8pm? »

« After 8pm is Chinese drama time! » objecte Auntie Mei Ling. « Cannot miss episode! »

« What about Chinese New Year? » demande Mr. Kumar. « Last year firecrackers until 2am. My daughter got exam next day! »

« Chinese New Year only once a year! » défend Oncle Wong. « Must celebrate properly! Scare away bad spirits! »

« But firecrackers illegal in Malaysia… »

« Shhhh! Don’t say so loud! Later police come! »

« Police also celebrating lah, no time to catch firecracker people. »

23h15 – Point 13 : Le WhatsApp group

« About the residents WhatsApp group, » soupire Puan Rohani.

« TOO MANY GOOD MORNING MESSAGES! » explose immédiatement Mrs. Lim. « Every day, 50 messages! All flowers and sunshine and ‘good morning have blessed day’! »

« What’s wrong with spreading positivity? » demande innocemment Auntie Khadijah.

« IT’S 5:30 AM! Still dark outside! Not even morning yet! »

« Early bird gets the worm mah! »

« I DON’T WANT WORM! I WANT SLEEP! »

« Plus, » ajoute Mr. Tan, « Uncle Wong keeps sharing fake news about durian curing cancer. »

« NOT FAKE! Got research! »

« From Facebook, uncle. Not research. »

« Facebook IS research! Modern research! »

« Uncle… no. »

23h45 – Point 16 : La proposition extraordinaire

« Last item, » annonce Puan Rohani. « Mr. Chandran has a proposal. »

Mr. Chandran, ingénieur en informatique de 35 ans, se lève avec un laptop.

« I propose we install AI system for condo management. Can detect noise, smell, parking violations… »

« AI?! » s’exclame Oncle Wong. « Like in movies? Robot taking over? »

« No lah, uncle. Just smart system. Like Siri, but for condominium. »

« Can it cook? » demande Auntie Mei Ling.

« No… it doesn’t cook. »

« Then what’s the point? »

« It can… monitor… optimize… »

« Can it stop people cooking instant noodles at swimming pool? » demande pratiquement Mrs. Lim.

« Well… technically… »

« Can it make Uncle Wong stop sharing fake news? » ajoute Mr. Tan.

« That’s… that’s not really… »

« Can it make people park properly? » insiste quelqu’un.

« Maybe if we install sensors… »

« HOW MUCH? » demande immédiatement Oncle Wong. « This AI very expensive ah? »

« Only RM 150,000 installation fee. »

Silence de mort.

« RM 150,000?! » hurle collectivement la moitié de la salle.

« That’s like… 30 years of parking fees! »

« Or 10,000 packets of nasi lemak! »

« Or three Honda Civics! »

« REJECTED! » annonce Oncle Wong. « We use old method. Complain to management, management do nothing, we complain more. This is Malaysian way. »

Applaudissements enthousiastes.

00h45 – Le mamak finale

« Meeting adjourned, » déclare Puan Rohani, épuisée. « Thank you everyone. »

« Eh wait! » crie Encik Azman. « Who want go mamak? I’m starving lah! »

Instantanément, 20 personnes acceptent.

« But which mamak? » demande quelqu’un.

« Obviously Restoran Murni! »

« NO LAH! Murni too expensive! Go Pelita! »

« Pelita roti canai not crispy enough! »

« YOU DON’T KNOW GOOD FOOD! »

La chicane reprend. Ils passeront 45 minutes à décider quel mamak, puis iront tous au même endroit que d’habitude.

Épilogue – 2h du matin au mamak

Oncle Wong, Encik Azman, Mrs. Chen, Auntie Khadijah et Mr. Kumar sont assis ensemble, partageant du roti canai et du teh tarik.

« You know, » dit Oncle Wong en sirotant son thé, « we fight so much in meeting, but in the end, we all Malaysian mah. »

« True lah, » acquiesce Encik Azman. « Fight fight, but still friends. »

« Only in Malaysia can have Chinese, Malay, Indian all living together like this, » sourit Mr. Kumar.

« And all complaining together! » ajoute Mrs. Chen.

Rires généraux.

« Same time next year? » demande Auntie Khadijah.

« Same time next year, » confirment-ils tous.

Dans le parking du mamak, quelqu’un a déjà mal garé, bloquant deux voitures. Personne ne dit rien. C’est la Malaisie.

Le WhatsApp group explose avec 47 photos du repas, toutes avec des filtres différents.

Oncle Wong partage un article : « Roti Canai Can Cure Diabetes – Scientific Research From Facebook. »

Personne ne le corrige. C’est bientôt 3h du matin.

La vie continue, épicée, chaotique, magnifique.

L’Assemblée Générale du 347 West 84th Street, Manhattan

18h30 – L’arrivée dans la salle commune

Barbara Goldstein, présidente du board depuis 23 ans, tape son marteau contre la table. Elle porte ses lunettes en chaîne dorée et son tailleur Chanel – l’uniforme officiel des présidentes de co-op de l’Upper West Side.

« People! PEOPLE! We have 31 items on the agenda and I have theater tickets at 8. Let’s MOVE. »

Stanley du 12B est déjà en train de distribuer des bagels. C’est une tradition depuis 1987. Tout le monde prend un bagel. Personne ne dit merci à Stanley. C’est aussi une tradition.

18h35 – Point 1 : Le doorman

« First item, » annonce Barbara. « Jorge, our night doorman, has requested a raise. »

« HOW MUCH? » hurle immédiatement Miriam Schwartz du 8C, avant même d’entendre le chiffre.

« He’s asking for twelve dollars more per hour. »

« TWELVE DOLLARS?! What is he, a CARDIOLOGIST?! »

« Miriam, he’s been working here for 15 years, » intervient David Chen du 5A.

« So? I’ve been LIVING here for 40 years! Where’s MY raise?! »

« You don’t… you don’t get paid to live here, Miriam. »

« EXACTLY! I PAY to live here! Twenty-three thousand a MONTH in maintenance fees! For WHAT? The elevator breaks every week! »

« That’s item 17, » soupire Barbara.

« And Jorge deserves this raise, » continue David. « He saved Mrs. Feldman when she fell last winter. »

« He should get a MEDAL, not a RAISE! » déclare Miriam avec une logique implacable.

Vote : 24 pour, 3 contre (Miriam a voté trois fois sous différents prétextes).

19h00 – Point 4 : Le penthouse

« Now, » commence Barbara prudemment, « we need to discuss 15A. »

Silence lourd. Tout le monde sait ce qui vient.

« The… individual… who purchased 15A… »

« You mean the TECH BRO, » interrompt Harold du 9C, retraité de Wall Street qui déteste tous ceux de moins de 50 ans.

« …has submitted plans for renovation. »

« What KIND of renovation? » demande suspicieusement Rachel du 6B.

Barbara sort les plans. Ils font 47 pages.

« He wants to install… let me read this correctly… a ‘meditation pod with integrated sound healing system and LED chromotherapy.' »

« A WHAT? » hurle collectivement la moitié de la salle.

« Plus a home gym, a wine cellar for 2,000 bottles, a Japanese soaking tub, a dog spa… »

« DOG SPA?! » explose Mrs. Feldman du 3A. « We don’t even ALLOW dogs over 25 pounds! »

« His dog is 24 pounds. »

« CONVENIENT! »

« And, » continue Barbara, sa voix se faisant plus faible, « he wants to knock down three walls. »

« THREE LOAD-BEARING WALLS?! »

« The structural engineer says… »

« I DON’T CARE WHAT THE ENGINEER SAYS! » rugit Harold. « This building was constructed in 1923! You don’t just KNOCK DOWN WALLS! This isn’t SOHO! »

« Actually, » intervient timidement le tech bro en question – Tyler, 29 ans, hoodie à 400 dollars – « the engineer confirmed it’s structurally sound. I’m willing to pay for independent inspections. »

« How much did this apartment cost you? » demande Miriam.

« Um… 8.5 million. »

« EIGHT POINT FIVE MILLION! » Miriam se lève. « I bought MY apartment for 75,000 dollars in 1982! »

« That’s… that’s actually a really good investment, Mrs. Schwartz. »

« DON’T PATRONIZE ME, CHILD! »

19h45 – Point 8 : Le bruit

« We have multiple noise complaints, » annonce Barbara en consultant ses notes.

« 12B! » accuse immédiatement quelqu’un. « Piano at 11 PM! »

Stanley, la bouche pleine de bagel, proteste : « I’m a MUSICIAN! I have to practice! »

« At ELEVEN PM?! »

« That’s when inspiration strikes! »

« Then be inspired QUIETLY! »

« But 6D plays opera at 7 AM! » contre-attaque Stanley.

« That’s DIFFERENT! » se défend Giuseppe du 6D. « Opera is ART! It’s CULTURE! It’s Puccini! »

« My piano is also culture! »

« You play ELTON JOHN! »

« ELTON JOHN IS A KNIGHT! »

« HE’S STILL NOT PUCCINI! »

Barbara tape son marteau. « New rule: no music before 9 AM or after 9 PM. »

« But what about my students? » demande Stanley. « They can only come at night! »

« Then teach them in the DAY! »

« They have JOBS! »

« SO DO WE! It’s called SLEEPING! »

20h15 – Point 11 : Le Airbnb

« Someone, » commence Barbara d’une voix glaciale, « has been running an Airbnb. »

Silence coupable.

« This is ILLEGAL in New York City. This is also PROHIBITED in our bylaws. WHO IS IT? »

Personne ne bouge.

« I WILL find out. I have ways. I know people at the DOB. I know people at the Department of Finance. I WENT TO BARNARD WITH THE DEPUTY MAYOR. »

« It’s me, » avoue finalement Jennifer du 10C, jeune avocate épuisée. « I’m sorry. My student loans are killing me. The maintenance fees are insane. I just… »

« How much are you charging? » demande quelqu’un.

« Three hundred a night. »

Miriam fait un calcul mental rapide. « That’s 9,000 a month! That’s more than my maintenance! »

« EXACTLY! That’s the problem! »

« The problem, » intervient sèchement Barbara, « is that it’s ILLEGAL. And it brings strangers into OUR building. Last month, Jorge told me someone tried to get in at 3 AM claiming they ‘rented an apartment here.' »

« That was one time! »

« ONE TIME TOO MANY! This is a CO-OP, Jennifer. We are a COMMUNITY. We interview people before they can BUY here. We don’t just let random tourists waltz in! »

« Some of those tourists had better manners than half the people in this room, » marmonne Jennifer.

« WHAT WAS THAT? »

« Nothing. »

20h45 – Point 15 : Le roof deck

« The roof deck proposal, » annonce Barbara.

Tyler, le tech bro, se lève avec enthousiasme. « I’d like to propose we renovate the roof into a communal space. Green space, sustainable materials, solar panels… »

« HOW MUCH? » demande immédiatement le chorus des anciens.

« Initial estimate is 2.3 million. »

Chaos instantané.

« TWO POINT THREE MILLION FOR A ROOF?! »

« We could build a whole NEW BUILDING for that! »

« Actually, » corrige David, « in Manhattan, you couldn’t even buy a studio for that. »

« NOT THE POINT! »

« I’m willing to contribute 40% personally, » offre Tyler.

Silence stupéfait.

« You’d… pay almost a million dollars? » demande Harold, suspicieux. « Why? »

« Because I think community spaces are important. And because I can afford it. »

« There’s a catch, » déclare Miriam. « There’s ALWAYS a catch. »

« No catch. I just want approval for my renovation plans. »

« AH-HA! » triomphe Harold. « EXTORTION! »

« It’s not extortion, it’s… negotiation? »

« Same thing! »

« Is it though? »

21h30 – Point 19 : L’incident du lobby

« We need to discuss, » commence Barbara avec lassitude, « the incident. »

Tout le monde sait de quel incident elle parle.

Mrs. Feldman se lève dignement. « It was an ACCIDENT. »

« You drove your MOBILITY SCOOTER through the GLASS DOOR. »

« The door was in my WAY! »

« IT’S A DOOR! Doors are MEANT to be in the way! That’s literally their JOB! »

« It wasn’t closed properly! »

« It was LOCKED, Eleanor! »

« Then how did I get through? »

« BY DRIVING THROUGH IT AT FULL SPEED! »

« My scooter only goes 4 miles per hour! »

« You somehow achieved 15! »

« I was late for my podiatrist! »

« The replacement door cost $18,000! »

« EIGHTEEN THOUSAND?! » Even Mrs. Feldman is shocked. « For a DOOR?! »

« It’s custom-made, double-paned, security glass! »

« In MY day, doors were made of WOOD and cost FIVE DOLLARS! »

« In YOUR day, Eleanor, they also had POLIO! »

22h00 – Point 24 : La proposition mystère

« I have a proposal, » annonce Giuseppe du 6D, debout avec cérémonie.

« Oh God, » marmonne Barbara. « What now? »

« I propose we BAN anyone under 40 from buying in this building. »

« WHAT?! » hurle Tyler.

« You heard me! Young people are RUINING this building! With your renovations and your noise and your TECHNOLOGY! »

« That’s… that’s literally AGE DISCRIMINATION! » proteste David.

« Is it discrimination if it’s TRUE? »

« YES! YES IT IS! THAT’S THE DEFINITION! »

« I’m 73 years old! I’ve EARNED the right to discriminate! »

« That’s not how rights work, Giuseppe! »

« In Italy… »

« WE’RE NOT IN ITALY! »

« Obviously! In Italy, people respect their ELDERS! »

« Giuseppe, » intervient calmement Barbara, « your proposal is illegal under the Fair Housing Act, the New York State Human Rights Law, and basic human decency. »

« Can we at least ban hoodies in the lobby? »

« NO! »

22h30 – Point 28 : Le budget

« Annual budget, » annonce Barbara. « We need to increase maintenance fees by 8%. »

Émeute instantanée.

« EIGHT PERCENT?! »

« WHERE IS THE MONEY GOING?! »

« BARBARA, DID YOU EMBEZZLE?! »

« I DID NOT EMBEZZLE, HAROLD! »

« Then where’s the money?! »

« Insurance is up 22%. Salaries are up. The elevator needs replacing. The facade needs work. The roof needs… »

« We’re not doing the roof! » clament plusieurs personnes.

« Not Tyler’s roof. The ACTUAL roof. It’s leaking. »

« How bad? »

« 10D has a bucket in their living room. »

« That’s not so bad. »

« It’s a TIFFANY bucket because the leak is directly over their credenza! »

« Still… »

« And the leak has spread to 9D, 8D, and now 7D. »

« Fine. FINE. Eight percent. »

« Thank you. »

« But we want an ITEMIZED list of every expense! »

« You’ll get one. »

« With RECEIPTS! »

« Harold, I’m not showing you receipts for toilet paper. »

« ESPECIALLY toilet paper! That’s where embezzlement happens! »

23h00 – Le vote final

Barbara, au bord de l’effondrement nerveux, récapitule :

« So we’ve voted:

« I already paid! »

« You paid $1,000. The door was $18,000. »

« I’m on a FIXED INCOME! »

« So is everyone else in this room! »

« I’m NOT, » interrompt Tyler.

« WE KNOW, TYLER! »

23h15 – L’épilogue surprise

Alors que tout le monde se prépare à partir, Stanley lève la main.

« I have one more thing. »

Groans collectifs.

« I… I’m moving out. »

Silence choqué.

« What? » demande Barbara, sincèrement bouleversée.

« I’m 68. My kids want me to move to Florida. Near them. I can’t afford this place anymore, even with the Airbnb money I WASN’T making. »

« Stanley… » commence Miriam, sa voix soudain douce.

« It’s okay. I’ve been here 40 years. It’s time. »

« Who’s going to bring bagels? » demande quelqu’un, la voix brisée.

« You’ll figure it out. »

Un moment de silence. Puis Harold, de tous les gens, se lève.

« I propose, » dit-il avec gravité, « that we name the lobby after Stanley. »

« That’s… that’s not how it works, » commence Barbara.

« I DON’T CARE! Stanley brought bagels for 36 years! THIRTY-SIX YEARS! »

« Actually 37, » corrige Stanley.

« THIRTY-SEVEN YEARS! That man is a SAINT! »

Vote unanime. Même Miriam vote oui.

« The Stanley Kowalski Memorial Lobby, » déclare Barbara.

« I’m not dead yet! »

« The Stanley Kowalski Lobby then. »

« My name is Stanley BERNSTEIN. »

« …The Stanley Bernstein Lobby. »

Applaudissements. Quelques larmes. New-Yorkais pleurant – c’est rare.

Minuit – Sur le trottoir

Tyler rattrape Mrs. Feldman qui lutte avec son scooter.

« Mrs. Feldman, let me help you. »

« I don’t need help from tech bros! »

« Please. I’ll pay for the rest of the door. »

Elle le regarde, suspicieuse. « Why? »

« Because Stanley brought me a bagel when I moved in. Nobody had ever done that before. In San Francisco, nobody even knew their neighbors’ names. »

Mrs. Feldman soupire. « Fine. But you still can’t knock down those walls. »

« What if I just knock down ONE wall? »

« …we’ll discuss it. »

Ils rentrent ensemble. Jorge leur tient la porte – la nouvelle porte à 18,000 dollars.

Au 12B, Stanley joue du piano. Rocket Man d’Elton John. Personne n’appelle pour se plaindre.

C’est sa dernière nuit.

Demain, c’est dimanche. Dans un an, il y aura une nouvelle AG. Tyler aura peut-être renové. Jennifer aura trouvé un meilleur job. Mrs. Feldman aura peut-être détruit autre chose.

Mais ce soir, dans ce building de l’Upper West Side, construit en 1923, survivant à la Dépression, à deux guerres, à 9/11, au Covid, aux augmentations de loyer et aux tech bros…

Ce soir, c’est juste New York.

Chaotique, cher, épuisant, impossible.

Et absolument inoubliable.


P.S. du procès-verbal:

« Meeting adjourned at 11:47 PM. Mrs. Goldstein missed her theater tickets. Stanley brought sesame bagels. Harold accused Barbara of embezzlement (denied). Tyler offered to pay for things. Giuseppe remains problematic. Jorge deserves a raise. New York remains New York.

Next meeting: March 15th, 2026. God help us all. »

Des Assemblées Générales Mémorables…


BELGIQUE – Résidence Les Marronniers, Bruxelles

19h00 – Le retard francophone-flamand

Monsieur Van den Berg, président du syndic, regarde sa montre avec agacement. Il est 19h05 et seulement la moitié des copropriétaires sont arrivés.

« On commence ou on attend? » demande-t-il en néerlandais.

« On attend, » répond Madame Dubois en français. « C’est la politesse. »

« La politesse c’est d’arriver à l’heure! »

« En Wallonie, on n’est jamais en retard. On arrive quand on arrive. »

« Ça s’appelle ÊTRE EN RETARD! »

Et voilà. Trente secondes et on est déjà dans le vif du sujet belge éternel.

19h15 – Point 1 : La langue des procès-verbaux

« Premier point, » commence Van den Berg. « Madame Dupont demande que les procès-verbaux soient rédigés en français. »

« ENFIN! » soupire Madame Dupont du 3ème. « Ça fait dix ans que je demande! »

« Mais ils SONT en français, » proteste Meneer Peeters du 5ème.

« Ils sont en néerlandais PUIS en français! Je veux français PUIS néerlandais! »

« Pourquoi? »

« Parce que le français vient avant dans l’alphabet! »

Silence stupéfait.

« C’est… c’est pas comme ça que ça marche, » tente Van den Berg.

« Et puis le français est la langue de la diplomatie! » continue Madame Dupont.

« On est en FLANDRE! » explose Peeters.

« On est à BRUXELLES! Région bilingue! »

« Justement! BI-lingue! Pas FRANÇAIS-lingue! »

« On pourrait faire allemand? » propose timidement Herr Schmidt du 2ème, le représentant de la communauté germanophone.

Regards noirs de tout le monde.

« Désolé, » marmonne Schmidt. « J’essayais juste d’aider. »

19h45 – Point 3 : Le vélo dans le hall

« Quelqu’un, » commence Van den Berg, « laisse un vélo dans le hall d’entrée. »

« C’est moi, » avoue immédiatement Tom du 4ème. « Mais c’est un vélo ÉLECTRIQUE. Ça compte pas comme un vrai vélo. »

« Ça a DEUX ROUES et des PÉDALES! C’est un vélo! » déclare Madame Claes.

« Oui mais il a une BATTERIE! C’est comme… un véhicule électrique! »

« Mon fils a une trottinette électrique, on peut la laisser aussi? » demande quelqu’un.

« NON! »

« Pourquoi? C’est AUSSI électrique! »

« Parce que… parce que… »

« En Wallonie, » intervient Madame Dubois, « on laisse les vélos où on veut. »

« En Flandre, on respecte les RÈGLES! » contre Peeters.

« En Flandre, vous avez des règles pour RESPIRER! »

« AU MOINS ON RESPIRE DE MANIÈRE ORGANISÉE! »

Van den Berg tape sur la table. « Le vélo doit aller au parking à vélos! »

« Mais il va se faire VOLER! »

« Alors mettez un CADENAS! »

« J’ai TROIS cadenas! Ils se font tous voler! »

« Alors achetez un vélo moins cher! »

« C’était 3.000 euros! »

« TROIS MILLE EUROS POUR UN VÉLO?! » hurle collectivement toute la salle.

« C’est un vélo CARGO électrique! Avec assistance pédalage et… »

« On s’en FOUT de ton vélo de luxe bobo! » explose quelqu’un. « Mets-le au parking! »

20h30 – Point 7 : Les frites du vendredi

« Maintenant, » soupire Van den Berg, « la plainte concernant… les odeurs du vendredi soir. »

Silence tendu.

« Quelqu’un, » continue-t-il prudemment, « fait frire des frites tous les vendredis soirs. »

« Et alors? » demande Meneer Janssens du 1er. « C’est BELGE! Les frites c’est notre patrimoine! »

« Oui mais TOUTES LES FENÊTRES de l’immeuble sentent la friture! » proteste Madame Nguyen du 6ème.

« Vous devriez être RECONNAISSANTE! Les frites belges sont les meilleures du monde! »

« Je suis d’accord sur les frites, » intervient calmement Madame Nguyen, « mais CHAQUE semaine? À 23h? L’odeur reste jusqu’au LUNDI! »

« C’est parce qu’il fait des VRAIES frites! » défend Madame Claes. « Double cuisson! À l’ancienne! Dans le gras de bœuf! »

« GRAS DE BŒUF?! »

« Évidemment! Comment VOUS faites vos frites? »

« Dans… dans une friteuse électrique? »

Gasps horrifiés des Belges flamands.

« Une friteuse ÉLECTRIQUE? » répète Janssens comme si on venait de blasphémer. « Vous… vous êtes SÉRIEUSE? »

« Qu’est-ce qu’elle a ma friteuse électrique? »

« Ce ne sont pas de VRAIES frites! Ce sont des… des… des IMITATIONS! »

« Mes frites sont très bonnes! »

« NON! Non non non! Une vraie frite belge, ça se fait dans le GRAS! À la bonne température! 160 degrés première cuisson, 180 deuxième cuisson! »

« Vous connaissez les températures par CŒUR? »

« TOUS les Belges connaissent les températures par cœur! C’est dans notre ADN! »

« Bon, » intervient Van den Berg, « peut-on au moins convenir de faire frire les frites AVANT 22h? »

« 22h?! Mais le foot finit à 22h45! »

« Quel rapport avec le foot? »

« On mange les frites en regardant le foot! C’est la TRADITION! »

21h15 – Point 11 : La rénovation de la façade

« Le devis pour la façade, » annonce Van den Berg, « est de 85.000 euros. »

« QUATRE-VINGT-CINQ MILLE?! » hurle Madame Dubois. « Pour QUOI faire? »

« Réparer les briques, refaire les joints, nettoyer… »

« On peut pas juste la PEINDRE? »

Silence choqué des Flamands.

« PEINDRE? » répète Peeters, blanc comme un linge. « Peindre des BRIQUES? »

« Ben oui? Avec de la peinture extérieure? »

« Madame Dubois, » dit très lentement Van den Berg, comme s’il parlait à un enfant, « on ne PEINT pas les briques à Bruxelles. On les RESTAURE. C’est une question d’HONNEUR. »

« D’honneur?! Ce sont des BRIQUES! »

« Des briques de 1910! Faites à la main! Par des artisans! On ne PEINT pas l’histoire! »

« En Wallonie, on peint ce qu’on veut! »

« En Wallonie vous mangez probablement des frites SURGELÉES aussi! »

DRAME.

Madame Dubois se lève, indignée. « Comment OSEZ-vous?! Jamais de ma VIE je n’ai mangé des frites surgelées! »

« Prouvez-le! »

« Je… je n’ai pas à prouver quoi que ce soit! »

« Vous voyez! Elle ne peut pas prouver! »

21h45 – Point 14 : La politique

« Quelqu’un, » commence prudemment Van den Berg, « a accroché un drapeau politique sur son balcon. »

Tension maximale. La Belgique et la politique = danger.

« C’est qui? » demande Peeters.

« Je préfère ne pas dire… »

« C’EST MOI, » annonce fièrement Monsieur Vermeulen du 7ème. « Un drapeau flamand! Fierté régionale! »

« Un drapeau SÉPARATISTE vous voulez dire! » accuse Madame Dubois.

« Ce n’est PAS séparatiste! C’est culturel! »

« TOUT est politique en Belgique! » intervient quelqu’un.

« Exactement! Si lui peut mettre un drapeau flamand, moi je mets un drapeau wallon! » déclare Dubois.

« Faites donc! »

« Je vais le faire! »

« Parfait! »

« BIEN! »

« On peut aussi mettre un drapeau bruxellois? » demande timidement Tom.

« Ça existe un drapeau bruxellois? »

« Je crois? Avec un iris? »

« Moi je mets un drapeau de la communauté germanophone, » annonce Schmidt.

« Personne ne sait même à quoi il ressemble! »

« JUSTEMENT! C’est le moment de l’apprendre! »

Van den Berg tape sur la table. « PAS DE DRAPEAUX! AUCUN drapeau! On est en Belgique! On a déjà assez de drapeaux comme ça! »

« On a combien de drapeaux officiels déjà? » demande quelqu’un.

« Sept? Huit? J’ai perdu le compte, » soupire Van den Berg.

22h30 – Point 18 : Le compromis belge

« Dernier point, » annonce Van den Berg, épuisé. « La proposition de Madame Leroy pour une fête des voisins. »

« Ah oui! » s’enthousiasme Madame Leroy. « Une belle fête! Conviviale! Pour mieux se connaître! »

« Et on sert quoi? » demande immédiatement Peeters, suspicieux.

« Ben… des frites? Des gaufres? De la bière? »

« Quelle BIÈRE? »

Oh non. Pas la bière.

« De la bière belge évidemment! »

« Oui mais LAQUELLE? Flamande? Wallonne? Trappiste? Abbaye? Blonde? Brune? »

« On pourrait avoir… plusieurs bières? »

« Combien? »

« Je sais pas… dix? »

« DIX?! Il y a plus de 1.500 bières belges! Dix c’est INSULTANT! »

« On va pas servir 1.500 bières! »

« Pourquoi pas? »

« Parce que c’est une FÊTE DE VOISINS pas un FESTIVAL! »

« En Belgique, CHAQUE fête est un festival de bière! »

Finalement, après 45 minutes de débat, ils décident :

23h45 – L’épilogue

Sur le trottoir, Madame Dubois et Meneer Peeters sortent ensemble.

« Bon, » dit Peeters, « je vous offre une bière? »

« Seulement si c’est une Chimay. »

« La Chimay c’est wallon! Je bois de la Westmalle! »

« Alors chacun sa bière. »

« D’accord. »

Ils vont au café du coin. Ils continuent à se disputer. C’est normal.

C’est la Belgique.


SUISSE – Résidence Beau-Rivage, Genève

18h00 PRÉCISES – La ponctualité helvétique

Monsieur Müller, président de la régie depuis 12 ans, regarde sa montre Omega. 18h00 pile. Tout le monde est assis. Évidemment.

« Bonsoir à tous. L’assemblée commence. Nous avons 47 points. Nous finirons à 21h30 précises. »

Personne ne doute qu’il ait raison. Müller est Suisse-allemand. Il a programmé chaque point à la minute près.

18h03 – Point 1 : Le budget

« Le budget annuel, » commence Müller, distribuant un document de 127 pages, « a été audité, certifié, et approuvé par trois experts indépendants. »

« Pourquoi trois? » demande Madame Favre, Vaudoise.

« Deux c’était pas assez? »

« Un seul expert n’offre pas assez de garanties. Deux peuvent être en conflit d’intérêt. Trois permettent un consensus. »

« Mais ça coûte trois fois plus cher! »

« La PRÉCISION n’a pas de prix, Madame Favre. »

« C’est facile à dire quand c’est pas VOTRE argent! »

« C’est aussi mon argent. J’habite ici. Et je VEUX la précision. »

Vote : budget approuvé, 23 voix pour, 2 contre (les Français du 4ème qui trouvent tout « trop cher »).

18h12 – Point 3 : Le tri des déchets

« Nous devons discuter, » annonce Müller avec gravité, « de l’INCIDENT du recyclage. »

Silence de mort. L’Incident. Tout le monde sait.

« Quelqu’un, » continue-t-il, sa voix tremblant légèrement d’émotion contenue, « a mis une bouteille en PLASTIQUE dans le bac du VERRE. »

Gasps horrifiés.

« QUI?! » demande Herr Schmid du 6ème. « Qui a fait ça?! »

« Nous ne le savons pas encore. Mais nous ALLONS le découvrir. »

« Comment? »

« J’ai demandé l’installation de caméras de surveillance au local poubelles. »

« Des caméras?! Pour les POUBELLES?! » s’étonne Monsieur Lefèvre, Français du 4ème.

« Évidemment! Le tri sélectif est SACRÉ en Suisse! »

« C’est un peu exagéré non? »

TOUTE la salle suisse se tourne vers Lefèvre.

« Exagéré? » répète Madame Gerber, Zurichoise. « Le recyclage n’est JAMAIS exagéré! »

« En Suisse, » explique patiemment Müller, « nous recyclons 94% de nos déchets. Quatre-vingt-quatorze pourcent! C’est le meilleur taux d’Europe! »

« Félicitations? » tente Lefèvre.

« Ce n’est pas assez! On vise 97%! »

« Mais… pourquoi? »

« Pourquoi?! POURQUOI?! Pour la PLANÈTE! Pour nos ENFANTS! Pour l’ORDRE NATUREL DES CHOSES! »

« Le tri c’est quand même pas une question de vie ou de mort… »

« EN SUISSE SI! »

18h27 – Point 6 : Les horaires du silence

« Rappel des horaires, » lit Müller. « Pas de bruit après 22h en semaine, 23h le week-end. Pas de bruit avant 7h en semaine, 8h le week-end. Pas de douche après 22h. Pas d’aspirateur le dimanche. Pas de… »

« Une SECONDE, » interrompt Madame Favre. « Pas de DOUCHE après 22h? »

« C’est la règle. »

« Mais… et si je rentre tard du travail? »

« Prenez votre douche le MATIN. »

« Je PRÉFÈRE le soir! »

« Madame Favre, nous vivons en COMMUNAUTÉ. La communauté exige des SACRIFICES. »

« Mon hygiène personnelle n’est PAS un sacrifice! »

« Le bruit de la tuyauterie dérange Madame Gerber. »

« J’ai le sommeil TRÈS léger, » confirme Gerber. « J’entends TOUT. »

« Peut-être que le problème c’est vos OREILLES, pas ma douche! » explose Favre.

« Mes oreilles fonctionnent PARFAITEMENT! J’ai fait un test auditif la semaine dernière! Audition à 98%! »

« Évidemment vous avez fait un TEST! »

« En Suisse, on fait des tests PRÉVENTIFS! On anticipe! »

« Vous anticipez même vos MALADIES?! »

« ÉVIDEMMENT! »

18h45 – Point 9 : Le parking

« Madame Ribeiro, » commence Müller, « vous avez dépassé de 7 centimètres sur la ligne de votre place de parking. »

Madame Ribeiro, Portugaise du 2ème, le regarde incrédule.

« Sept… centimètres? »

« Sept virgule trois pour être précis. »

« Vous avez MESURÉ? »

« Monsieur Schmid a mesuré. Il est ingénieur. Il a utilisé un laser. »

« Un LASER?! Pour sept centimètres?! »

« Sept virgule trois. »

« C’EST PAREIL! »

« NON! » rugit Schmid. « Les zéro virgule trois comptent! En ingénierie, en architecture, en PARKING! »

« C’est RIDICULE! »

« Saviez-vous, » intervient Müller calmement, « que si TOUT LE MONDE dépasse de 7,3 centimètres, on perd 1,46 mètres d’espace total? Ça fait une place de parking ENTIÈRE! »

« Il y a 20 places! Ça fait 14 centimètres perdus! »

Müller sort une calculatrice. Calcule. Recalcule.

« Vous avez raison. Mes excuses. »

« Enfin! »

« Donc ce n’est pas UNE place perdue, c’est seulement 14 centimètres. Mais le PRINCIPE reste! »

« Quel principe?! »

« L’ORDRE! La PRÉCISION! Le RESPECT des LIGNES! »

« Ce sont des lignes de PEINTURE! »

« Aujourd’hui les lignes de peinture, demain l’ANARCHIE! »

19h15 – Point 14 : Le Français vs le Suisse-allemand

« Le concierge, » annonce Müller, « propose d’afficher les notices en allemand uniquement. »

« QUOI?! » explosent simultanément tous les francophones.

« Nous sommes à GENÈVE! » proteste Madame Favre. « On parle FRANÇAIS! »

« Genève est un canton BILINGUE, » corrige Schmid.

« Genève est majoritairement FRANCOPHONE! »

« Mais l’immeuble compte 60% de Suisses-allemands! »

« Parce que vous envahissez Genève avec vos banques et vos horloges! »

« On n’ENVAHIT pas! On INVESTIT! »

« C’est pareil! »

« C’est absolument PAS pareil! »

Monsieur Ticino, tessinois du 5ème, lève timidement la main. « On pourrait faire allemand, français ET italien? »

« Personne parle italien ici. »

« MOI je parle italien! »

« Vous êtes le seul! »

« Justement! Minorité linguistique! Il faut me PROTÉGER! »

« On va pas traduire en italien pour UNE personne! »

« C’est de la DISCRIMINATION! »

Müller tape sur la table. « On fera allemand ET français. Comme toujours. Tradition. »

« Et l’italien? » demande tristement Ticino.

« Apprenez l’allemand. »

19h45 – Point 18 : L’assurance

« L’assurance annuelle, » lit Müller, « a augmenté de 0,7%. »

« ZÉRO VIRGULE SEPT?! » s’étouffe Madame Favre. « On discute vraiment de zéro virgule sept pourcent?! »

« Chaque pourcentage compte. »

« C’est… quoi? 50 francs par an? »

« Quarante-sept francs cinquante. »

« VOUS SAVEZ LE MONTANT EXACT?! »

« Évidemment. C’est dans le tableau, page 73, ligne 247, colonne D. »

Madame Favre ouvre le document. Vérifie. Müller a raison. Évidemment.

« Bon ben… 47,50 francs, ça va. »

« Quarante-sept virgule cinquante EXACTEMENT. Les centimes comptent. »

« Oh mon Dieu. »

« En Suisse, » explique patiemment Herr Schmid, « nous gérons nos finances au CENTIME près. C’est pour ça nous sommes riches. »

« Vous êtes riches parce que vous avez des BANQUES. »

« Et POURQUOI on a des banques? Parce qu’on compte les CENTIMES! »

« Je… je peux pas argumenter avec cette logique. »

« Personne ne peut. C’est Suisse. »

20h30 – Point 27 : Le vote sur le gazon

« Proposition, » annonce Müller, « de changer la hauteur de tonte du gazon de 4 centimètres à 3,5 centimètres. »

Silence. Puis chaos.

« TROIS VIRGULE CINQ?! Mais pourquoi?! »

« Pour l’esthétique. »

« L’esthétique de QUOI? C’est de l’HERBE! »

« Une pelouse bien entretenue reflète les valeurs de l’immeuble! »

« Quelles valeurs? La maniaquerie?! »

« La PRÉCISION! L’EXCELLENCE! »

« C’est un demi-centimètre! »

« L’excellence se mesure en DEMI-CENTIMÈTRES! »

Vote après 45 minutes de débat : 12 pour 3,5 cm, 12 pour 4 cm.

« Égalité, » constate Müller. « Je propose un compromis suisse. »

« Quel compromis? »

« Trois virgule sept-cinq centimètres. »

« … »

« Parfait. Adopté. »

21h00 – Point 35 : Les Français

« Il faut qu’on parle, » commence prudemment Müller, « des… différences culturelles. »

Les deux couples français se redressent, sur la défensive.

« Madame et Monsieur Lefèvre, » continue Müller, « vous faites sécher votre linge sur le balcon. »

« Et alors? »

« C’est INTERDIT dans le règlement. »

« Pourquoi?! »

« Esthétique de l’immeuble. Vue depuis la rue. »

« Mais… comment on sèche notre linge alors? »

« Au sèche-linge. Ou dans la buanderie commune. »

« Le sèche-linge consomme de l’énergie! Au soleil c’est gratuit et écologique! »

« Oui mais c’est MOCHE. »

« Vous préférez gaspiller l’électricité plutôt que voir des DRAPS? »

« Oui. »

« C’EST ABSURDE! »

« C’est suisse, » corrige Müller. « L’ordre visuel prime sur l’économie d’énergie personnelle. »

« Mais vous êtes obsédés par l’écologie! »

« L’écologie ORGANISÉE. Pas l’écologie… anarchique. »

« Il y a une écologie anarchique?! »

« Oui. La vôtre. »

21h25 – Point 43 : La révélation

« Avant de terminer, » annonce Müller, « j’ai identifié le coupable du plastique dans le verre. »

Tension maximale. Qui est le criminel?

« C’était… moi. »

CHOC TOTAL.

« VOUS?! » hurle Herr Schmid.

« J’étais distrait. J’avais reçu de mauvaises nouvelles. Ma banque avait fait une erreur de 5 centimes sur mon compte. »

« CINQ CENTIMES?! »

« Oui. J’étais bouleversé. Et j’ai… j’ai mis le plastique dans le verre. »

Silence respectueux. Ils comprennent. Une erreur bancaire, c’est grave.

« Qu’allez-vous faire? » demande Madame Gerber.

« Je démissionne de la présidence. »

« NON! » protestent plusieurs voix. « C’était une erreur! Une seule fois! »

« En Suisse, une erreur est une erreur de trop. »

« Monsieur Müller, » intervient doucement même Madame Favre, « tout le monde fait des erreurs. »

« Pas en Suisse. »

« Même en Suisse. »

« Je… »

« Gardez votre poste. Mais faites une pénitence. »

« Laquelle? »

« Vous devrez trier TOUS les déchets de l’immeuble pendant un mois. Personnellement. »

« C’est… c’est juste. »

Vote unanime. Müller reste.

21h30 EXACTEMENT – Fin

« Assemblée levée, » annonce Müller. « 21h30. Comme prévu. »

Tout le monde applaudit la ponctualité.

Épilogue

Sur le trottoir impeccable, Madame Favre et Herr Schmid sortent ensemble.

« Vous venez boire un verre? » propose Schmid.

« Avec plaisir. Mais je choisis le bar. »

« Pourquoi? »

« Parce que vous allez choisir un endroit où la bière est servie à EXACTEMENT 4 degrés. »

« Et alors? La température optimale pour une bière est 4 degrés! »

« Vous voyez! »

Ils rient. Vont au bar. Schmid commande sa bière. Vérifie la température avec un thermomètre de poche.

C’est la Suisse.

Précise, obsessionnelle, propre, organisée.

Et bizarrement… attachante.


Post-scriptum suisse du procès-verbal:

« Assemblée terminée à 21h30:00. Pas 21h30:01. Pas 21h29:59. 21h30:00. Précision suisse respectée. Budget approuvé. Herbe tondue à 3,75 cm. Monsieur Müller fera pénitence. Prochain meeting: 15 mars 2026, 18h00:00.

Précision. Ordre. Excellence.

Schweiz. Suisse. Svizzera. Svizra. »

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