Histoires d’immeubles … dans la littérature

La vie mode d’emploi de Georges PEREC

« Jeux de miroirs et tables gigognes, entrez dans cet immeuble et vous ferez le tour du monde. C’est un livre promenade au milieu de la vie des gens. Un vertige majuscule. Quand on en sort, on est léger comme une montgolfière. »

« Qui, en face d’un immeuble parisien, n’a jamais pensé qu’il était indestructible ? Une bombe, un incendie, un tremblement de terre peuvent certes l’abattre, mais sinon ? Au regard d’un individu, d’une famille, ou même d’une dynastie, une ville, une rue, une maison, semblent inaltérables, inaccessibles au temps, aux accidents de la vie humaine, à tel point que l’on croit pouvoir confronter et opposer la fragilité de notre condition à l’invulnérabilité de la pierre. »

La Vie mode d’emploi, est un livre de Georges Perec, membre de l’Oulipo*, publié en 1978. Il a obtenu le prix Médicis la même année.

Il y plusieurs façons de lire La vie mode d’emploi, une façon linéaire, traditionnelle, allant du premier chapitre au dernier ou bien une lecture axée sur les histoires et pouvant donc sauter allégrement d’un chapitre à l’autre pour retrouver la famille/l’histoire en question.

Georges Perec est un écrivain et verbicruciste français né le 7 mars 1936 à Paris 19ᵉ et mort le 3 mars 1982 à Ivry-sur-Seine. Membre de l’Oulipo (*Ecole ou mouvement littéraire créé le 24 novembre 1960 ) à partir de 1967, il fonde ses œuvres sur l’utilisation de contraintes formelles, littéraires ou mathématiques, qui marquent son style.

« La femme qui monte les escaliers n’est pas la directrice de l’agence, mais son adjointe ; elle ne s’occupe pas des questions commerciales, ni des relations avec les clients, mais seulement des problèmes techniques. Du point de vue immobilier, l’affaire est saine, le quartier valable, la façade en pierres de taille, l’escalier est correct malgré la vétusté de l’ascenseur, et la femme vient maintenant inspecter avec davantage de soin l’état des lieux, dresser un plan plus précis des locaux avec, par exemple, des traits plus épais pour distinguer les murs des cloisons et des demi-cercles fléchés pour indiquer dans quel sens s’ouvrent les portes, et prévoir les travaux, préparer un premier devis chiffré de la remise à neuf : la cloison séparant le cabinet de toilette du débarras sera abattue, permettant l’aménagement d’une salle d’eau avec baignoire sabot et w.-c. ; le carrelage de la cuisine sera remplacé ; une chaudière murale à gaz de ville, mixte (chauffage central, eau chaude) prendra la place de la vieille chaudière à charbon ; le parquet à bâtons rompus des trois pièces sera déposé et remplacé par une chape de ciment que viendront recouvrir une thibaude et une moquette… »

Revue de presse – sources Textualités La vie mode d’emploi :

« Pour tenter d’épuiser le 11 de la rue Simon-Crubellier, Perec imagine un immeuble en coupe, dont la façade serait coupée, laissant à voir les pièces qui constituent cet édifice, des caves aux chambres de bonne, en passant par les parties communes comme l’escalier ou le hall d’entrée, et les diverses pièces qui composent les appartements. Voici la façade de l’immeuble en question, dessinée par Jacqueline Ancelot, amie de Georges Perec et étudiante en architecture :

Voici maintenant le plan en coupe de l’immeuble, avec le nom de ses occupants au jour du vingt-trois juin mille neuf cent soixante-quinze, à presque huit heures du soir, ainsi que le nom de ses anciens occupants, en italique.

Perec quadrille cette coupe en un carré de 10 lignes et de 10 colonnes, obtenant ainsi 100 pièces à « épuiser », soit 100 chapitres. Il n’en écrira que 99, le 66e, qui aurait dû décrire la cave dans le coin gauche a été mangé par une petite fille qu’on voit mordre « dans un coin de son petit beurre Lu » dans le chapitre 65.

Décrire cet immeuble étage par étage, appartement par appartement, en lignes ou en colonnes, aurait été fastidieux pour l’auteur, ennuyeux pour les lecteurs et les lectrices. Perec imagine alors un système pour d’une part dynamiser la construction de son texte, pour d’autre part ne pas avoir pour seul guide le hasard. Il reprend alors le principe connu des joueurs d’échecs appelé la polygraphie du cavalier (ou l’algorithme du cavalier) : il s’agit de faire parcourir un cavalier (le cheval) sur les 64 cases d’un échiquier sans jamais qu’il s’arrête plus d’une fois sur la même case. Perec s’est ainsi amusé à trouver la solution de la polygraphie du cavalier pour un échiquier de 100 cases et a choisi de diviser son livre en 6 parties en fonction de la solution qu’il a trouvé : quand le cavalier passe par un coin, commence une nouvelle partie. Voici la polygraphie du cavalier de La Vie Mode d’emploi :

Revue de presse – sources Textualités La vie mode d’emploi Georges Pérec

extrait du chapitre 1 dans l’escalier 1 …

« Oui, cela pourrait commencer ainsi, ici, comme ça, d’une manière un peu lourde et lente, dans cet endroit neutre qui est à tous et à personne, où les gens se croisent presque sans se voir, où la vie de l’immeuble se répercute, lointaine et régulière. De ce qui se passe derrière les lourdes portes des appartements, on ne perçoit le plus souvent que ces échos éclatés, ces bribes, ces débris, ces esquisses, ces amorces, ces incidents ou accidents qui se déroulent dans ce que l’on appelle les « parties communes », ces petits bruits feutrés que le tapis de laine rouge passé étouffe, ces embryons de vie communautaire qui s’arrêtent toujours aux paliers. Les habitants d’un même immeuble vivent à quelques centimètres les uns des autres, une simple cloison les sépare, ils se partagent les mêmes espaces répétés le long des étages, ils font les mêmes gestes en même temps, ouvrir le robinet, tirer la chasse d’eau, allumer la lumière, mettre la table, quelques dizaines d’existences simultanées qui se répètent d’étage en étage, et d’immeuble en immeuble, et de rue en rue. Ils se barricadent dans leurs parties privatives – puisque c’est comme ça que ça s’appelle – et ils aimeraient bien que rien n’en sorte, mais si peu qu’ils en laissent sortir, le chien en laisse, l’enfant qui va au pain, le reconduit ou l’éconduit, c’est par l’escalier que ça sort. Car tout ce qui se passe par l’escalier, tout ce qui arrive arrive par l’escalier, les lettres, les faire-part, les meubles que les déménageurs apportent ou emportent, le médecin appelé en urgence, le voyageur qui revient d’un long voyage. C’est à cause de cela que l’escalier reste un lieu anonyme, froid, presque hostile. Dans les anciennes maisons, il y avait encore des marches de pierre, des rampes en fer forgé, des sculptures, des torchères, une banquette parfois pour permettre aux gens âgés de se reposer entre deux étages. Dans les immeubles modernes, il y a des ascenseurs aux parois couvertes de graffiti qui se voudraient obscènes et des escaliers dits « de secours », en béton brut, sales et sonores. Dans cet immeuble-ci, où il y a un vieil ascenseur presque toujours en panne, l’escalier est un lieu vétuste, d’une propreté douteuse, qui d’étage en étage se dégrade selon les conventions de la respectabilité bourgeoise : deux épaisseurs de tapis jusqu’au troisième, une seule ensuite, et plus du tout pour les deux étages de combles… »

L’IMMEUBLE roman de Caroline Tiné

« L’immeuble » roman de Caroline Tiné – 1988

« Sur la fenêtre entrouverte de la loge, une affiche disait, en caractères élégants:  » Recherchons gardienne. Références sérieuses exigées. »

Ingrid Gnoti n’aurait jamais dû se laisser séduire par cette annonce.


Après vingt-sept ans d’une vie d’errance, elle pensait pouvoir trouver dans une loge de concierge la paix, sinon le bonheur. Oublier son passé, ses parents, l’orphelinat; se construire une nouvelle identité…

Après des études de lettres et de philosophie et un passage par New York, Caroline Tiné devient journaliste et collabore à Match, Marie Claire et Elle, puis elle devient directrice de la rédaction de Marie Claire Maison.


Mais c’était compter sans la troublante Inès, l’une des copropriétaires de cet étrange immeuble. Devant cette femme ensorcelante, Ingrid se sent soudain en danger… Un combat singulier s’engage. »

L’élégance du Hérisson roman de de Muriel Barbery – 2006
Muriel Barbery, née le 28 mai 1969 à Casablanca, est une romancière française.

« Je m’appelle Renée, j’ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j’ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l’image que l’on se fait des concierges qu’il ne viendrait à l’idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants. »

« Renée est concierge dans un immeuble parisien huppé. Renée « a l’air » d’une concierge inculte et bougonne, mais en fait elle est passionnée de culture. Une jeune habitante incomprise par sa famille et un nouvel habitant japonais vont changer la vie de Renée, et la percer à jour. »

« L’immeuble  » New-York trilogie de Will Weisner – 1987

Il s’agit d’une bande dessinée en noir & blanc, de 76 pages, avec une introduction de 2 pages rédigée par Will Eisner. William Erwin Eisner, dit Will Eisner, est un auteur de bande dessinée américain né le 6 mars 1917 dans le borough new-yorkais de Brooklyn et mort le 3 janvier 2005 à Lauderdale .Ce récit est paru pour la première fois en 1987.


« Dans l’introduction, Will Eisner évoque l’acte brutal de destruction d’un building, la manière d’anéantir ainsi un lieu dont les murs sont chargés des rires et des pleurs de tous les êtres humains ayant vécu à l’intérieur.

Le « vrai » Flatiron building« 

« Pendant 80 ans, le building avait occupé l’angle de 2 importantes avenues, une accumulation invisible des de drames s’étant imprégnée dans sa base. Un jour ce building fut démoli, laissant une hideuse cavité résiduelle et un résidu de débris psychiques. Plusieurs mois plus tard, un nouveau building flambant neuf occupait cet espace, tout de verre et de métal. Ce jour-là, durant la matinée, quatre fantômes invisibles se tenaient à l’entrée : Monroe Mensh, Gilda Green, Antonio Tonatti, P.J. Hammond. Monroe Mensh était un enfant de la ville : il avait grandi anonyme au milieu de la cité, ayant maîtrisé l’art de la vie urbaine. Célibataire, il mène une existence routinière. Il sait se tenir à l’écart des accidents de la vie, et il a un emploi dans un magasin de chaussures pour femme, où sa discrétion lui permet de rester en dehors de tout tracas. Un après-midi, il attend pour traverser l’intersection devant le building.Muets ou diserts, instantanés ou développés en plusieurs planches, les portraits que dresse Will Eisner dans New York Trilogie révèlent toute la finesse et l’intelligence de ce grand maître de la bande dessinée contemporaine. Après La Ville, premier tome dans lequel Will Eisner observe New York comme un tout vivant et fascinant, L’Immeuble rapproche un peu plus la caméra de son sujet pour suivre le récit de quatre fantômes, anciens habitants d’un bâtiment ressemblant à s’y méprendre au Flatiron Building, mythique immeuble triangulaire du cœur de New York. En fin d’album, Eisner nous ouvre également son carnet de croquis, drôle et malicieux. C’est une véritable déclaration d’amour qu’il adresse à sa ville natale. Drôles, émouvantes, ses chroniques sont également saisissantes de réalisme. Un incontournable de la bande dessinée américaine. »

Fenêtre sur cour roman de William Irish
« fenêtre sur cour » roman de William Irish – 1954
William Irish est le pseudonyme de Cornell Woolrich, écrivain américain né le 4 décembre 1903 à New York, où il meurt le 25 septembre 1968.

« Une lampe allumée toute la nuit, un store qui ne se relève pas, un regard investigateur ; des riens si l’on veut. Mais autant d’anomalies qui imposent chez Hal Jeffries une conviction : le locataire du quatrième a tué sa femme. Reste à tendre un piège pour obtenir une preuve qui persuadera la police. Et Hal (que l’on n’imagine plus autrement que sous les traits de James Stewart) va se retrouver dans la situation du chasseur chassé. Cloué sur place par sa jambe plâtrée, à la merci d’un assassin… C’est ainsi que, d’un menu détail à l’autre, va se tendre l’atmosphère de Fenêtre sur cour, cette nouvelle qui a fourni à Alfred Hitchcock le sujet de l’un de ses plus fameux films. Histoires de vengeance et de malchance ; humour rieur ou noir ; histoires de fatalité : tous les talents de William Irish sont représentés dans les huit nouvelles qui forment ce recueil. »

« L’immeuble de la rue Cavendish » les manigances de Margaux, roman de Caroline Kant – 2022
Caroline Kant est une auteure française. Elle a longtemps vécu à Paris, rue Cavendish. Aujourd’hui, elle a quitté la ville, et partage son temps entre l’écriture et divers métiers. Sa série, « L’immeuble de la rue Cavendish » (2022), s’inspire des années où elle a vécu rue Cavendish.

« Que se passe-t-il au 5e étage de l’immeuble de la rue Cavendish ? Margaux, la nouvelle voisine, est à peine installée qu’elle se retrouve à enquêter sur le couple qui vit au-dessus d’elle. Et tant pis si tout le monde pense qu’elle devient complètement folle !


Après une douloureuse rupture, Margaux, la vingtaine, s’installe dans l’appartement que lui prête son oncle, rue Cavendish. Proche des Buttes-Chaumont, l’immeuble ne manque pas d’animation : entre la concierge désagréable qui exige qu’on l’appelle Mme Nathalie, le vieux fou du 2e et l’insupportable gamine du 4e, Margaux trouve à peine le temps de se vautrer devant ses films d’horreur préférés !
Heureusement, elle peut compter sur ses autres voisins : Victoire, Charlotte et Markus répondent toujours présents pour débriefer autour d’un verre. Surtout quand Margaux rencontre le beau gosse de l’immeuble en face ! Mais tout se complique quand des bruits inquiétants s’échappent de l’appartement au-dessus : Margaux décide alors de mener l’enquête. »

« Un bel immeuble » roman de Michel Arrivé – 2009
Michel Arrivé, né le 7 décembre 1936 à Neuilly-sur-Seine et mort le 3 avril 2017 à Saint-Cloud, est un écrivain et linguiste français.

« Il faut de tout pour faire un immeuble : un architecte, un propriétaire, une concierge, et, surtout, des locataires. Le 26 bis rue Pougens, à Montrouge, abrite quinze familles. Au rez-de-chaussée, deux vieilles demoiselles infirmes dorlotent leur neveu, ce demeuré de Bornichet. Il se prépare consciencieusement au métier un peu inquiétant qui lui est promis à l’hôpital voisin. Au premier, le docteur Ménétrier et sa trop jolie femme Solange se déchirent, séparés à la fois par leurs différends sentimentaux et leur rivalité professionnelle. Dans une chambre de bonne du sixième, le vieux père Gandillot médite amèrement sur les raisons de l’exil auquel l’a condamné son aristocratique épouse. C’est un garagiste retraité de soixante-quinze ans, Joël Escrivant, qui a fait le projet d’écrire les histoires entrelacées de tous les locataires du  » bel immeuble « . Il découvre progressivement les joies et, surtout, les angoisses de la création littéraire. Réussira-t-il vraiment à mener son ouvrage jusqu’à son terme ? »

« L’immeuble Yacoubian » roman de Alaa El Aswany – 2002
Alaa al-Aswany, né le 26 mai 1957 au Caire, est un écrivain égyptien exerçant la profession de dentiste au Caire.

Construit en 1930 en plein coeur du Caire, accueillait au départ des appartements de grand luxe. Quelques décennies plus tard, il a été redécoupé en logements plus petits, destinés à une population plus pauvre. L’auteur nous fait découvrir ses habitants : le fils du concierge bien décidé à passer le concours de police, sa petite amie qui vient de terminer ses études de commerce, de vieux aristocrates qui regrettent le mode de vie à l’européenne, etc.

209, rue Saint Maur Paris Xe de Ruth Zylberman – 2020
Ruth Zylberman, née le 18 juillet 1971 à Paris, est une documentariste et écrivaine française.

Retraçant les vies passées et présentes des habitants d’un immeuble du Xe arrondissement de Paris, Ruth Zylberman livre un magnifique récit. Là se sont succédé, depuis les années 1850 jusqu’à nos jours, des générations d’habitants. Là, l’ordinaire du quotidien a côtoyé l’extraordinaire du fait divers et des violences de l’Histoire. Ruth Zylberman propose une réflexion bouleversante sur les traces du passé, les lieux où se loge la mémoire, et le lien invisible entre les vivants et les morts. Car cette autobiographie d’un immeuble est aussi une forme d’écriture de soi.

Revue de presse : Sources en attendant nadeau.fr

« Un immeuble constitué de six étages et de quatre bâtiments. Avec sa cour, qui rappelle celle dans laquelle Truffaut avait tourné Domicile conjugal et fondé « l’architecture sensible de la mémoire ». Cet immeuble est un microcosme. Les quatre bâtiments et leurs couloirs forment un dédale, la cour un carrefour. La construction du livre est le fruit de cette architecture : c’est un texte dans lequel les époques et les êtres s’entrecroisent, les noms et prénoms apparaissent, s’éloignent et reviennent, comme s’ils étaient toujours les habitants qui entrent et sortent de l’immeuble. On peut s’y perdre ; il faut parfois oublier qui parle et ne retenir que l’incandescence des récits. »

Odette Diamant dans « Les enfants du 209 rue Saint-Maur » © Roni Katzenelson/Zadig Productions

« A travers les émouvants témoignages de survivants, ce documentaire « enfance saccagée » retrace la période de l’Occupation à l’échelle d’un immeuble parisien du Xe, choisi par hasard par la réalisatrice Ruth Zylberman. »

« 100 ans d’un immeuble parisien « livre illustré : date de parution 11 Octobre 2018

Lise Herzog

Lise Herzog est une illustratrice française.

Delphine Godard

Delphine Godard est l’auteur de plus de cinquante livres et albums destinés à la jeunesse. Elle collabore à différentes revues et magazines et participe à l’écriture de scénarios de dessins animés.

“Tel Georges Perec dans La vie, mode d’emploi, Lise herzog retranscrit en dessins l’évolution des mœurs des habitants de l’immeuble.”
Paris Worldwide

Née en 1973 à Colmar, Lise Herzog commence à dessiner bien avant de savoir écrire. Elle obtient donc tout naturellement sa Licence d’Arts plastiques à l’Université de Strasbourg en 1996 puis, en 1999, son diplôme d’Illustration didactique à l’Ecole supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg. Passionnée depuis l’enfance par les mille et un détails qui l’entourent, c’est au travers de ses carnets de voyage et des reconstitutions historiques foisonnantes qu’elle explore à la loupe le monde d’hier et d’aujourd’hui.

Delphine Godard est l’auteur de plus de cinquante livres et albums destinés à la jeunesse. Elle collabore à différents magazines et revues et participe à l’écriture de scénarios de dessins animés.

De la crue de 1910 à nos jours

C’est un immeuble parisien comme un autre… Mais celui-ci sait faire oublier sa façade pour nous laisser entrer dans ses appartements et partager le quotidien de ceux qui les ont habités. En 100 ans, il s’en est produit des choses ! Des arrivées, des départs, des changements, des histoires… qui n’ont plus de secret pour qui peut passer à travers les murs !

« L’immeuble Christodora » roman de Tim Murphy – 2016

L’immeuble Christodora

Tim Murphy, né en 1969 dans le Massachusetts, est un écrivain américain.

New York, 2001. Milly et Jared, un jeune couple d’artistes, vivent au Christodora, vieux building de l’East Village et véritable institution new-yorkaise. Le quartier, autrefois hanté par les toxicomanes et les sans-abri, est en pleine mutation et ne peut résister à la vague de gentrification qui déferle sur la ville. Seul Hector, leur voisin, semble rappeler l’autre époque. L’ancien militant charismatique de la lutte contre le sida ne s’est jamais remis de la mort de son compagnon, emporté par la maladie. Quelques années plus tard, Mateo, le fils adoptif de Milly et Jared, se rebelle contre ses parents et la bourgeoisie blanche qu’ils incarnent. En plein questionnement sur ses origines, celui qu’Hector surnomme affectueusement negrito se cherche et sombre petit à petit dans les paradis artificiels.

revue de presse – sources Diacritik : « Le bâtiment, à lui seul, témoigne de la forme d’une ville, comme l’écrivait Baudelaire d’une autre, il est le symptôme d’une évolution sociale, de l’achèvement de sa construction en 1928 (« une élégante tour de seize étages en briques au croisement de l’Avenue B et de la 9è Rue, nouvel édifice dominant Tompkins Square »), à aujourd’hui, voire demain, puisque le roman s’achève en 2021.
Les années passent, le quartier se transforme, longtemps portoricain, hanté par les toxicos, avant la gentrification de « l’East Village ». La façade de l’immeuble dit elle aussi les contrastes d’un siècle, puisqu’elle est ornée à la fois « d’étranges anges » et de « démons et gargouilles néogothiques ».

« Les immeubles de fer » roman de Adrien Blouët – 2021
Adrien Blouët est né en 1992. Au cours de ses études aux Beaux-Arts de Paris, il découvre l’anthropologie, qui le conduit vers l’écriture.

Voici un roman qui se passe dans la ville de Shanghaï en Chine . Ce roman nous présente Shanghaï sous sa forme de métropole de l’urban sprawl (Etalement urbain), du changement constant et du maintenant , monde d’aujourd’hui qui absorbe nos âmes dans un monde qui devient destructeur : il en résulte une ambiance pesante mais vertigineuse, déshumanisée et grise comme ces immeubles de fer que l’on retrouve à toutes les échelles et qui constituent les organes de cette ville surpeuplée où règne la solitude. Il s’agit d’un livre-tableau réaliste mais qui attise la curiosité et la quête de soi, et dont on ressort fort secoué.

Voici le résumé du livre : Après une rupture amoureuse, Arthur, jeune urbaniste fraichement diplômé, débarque à Shanghai avec beaucoup d’ambition et des convictions d’emprunt. Cette ville sans limites ni frontières ni mémoire, ville-mensonge affamée qui semble chaque jour changer de visage, le fascine. Pourtant, elle devient de plus en plus hostile, et le rêve d’exotisme se transforme en cauchemar existentiel. Avec un talent descriptif stupéfiant, et l’habilité hors-pair de nous faire passer de l’angoisse la plus profonde à l’hilarité, Adrien Blouët raconte une jeunesse à la fois désabusée et pleine de certitudes. Adrien Blouët est né en 1992. Son premier roman, L’Absence de ciel, parait chez Notabilia en 2019. »

« L’immeuble d’en face » roman de Jean-Pierre Andrevon et Philippe Cousin – 1982
Jean-Pierre Andrevon, né le 19 septembre 1937 à Bourgoin-Jallieu, est un écrivain français de science-fiction et de fantastique. Il est également anthologiste, critique littéraire et cinématographique et illustrateur.
Philippe Cousin, artiste, écrivain et dessinateur français né en 1946

« Avec ce livre, le fantastique entre chez vous. Mais peut-être cet immeuble est-il le vôtre ?Vous êtes tous un jour ou l’autre passés devant l’immeuble d’en face. Peut-être même est-il en face de chez vous, précisément. C’est un immeuble de cinq étages, banal en apparence, sans histoires. Sans histoires ?… Mais quelles sont ces inquiétantes lueurs qui filtrent à travers les volets du célibataire du rez-de-chaussée ? Où est passé son voisin, le gendarme retraité ? Que va découvrir Georges, l’infirme du second, en voulant monter à l’étage du dessus ? A quelle guerre impossible se livre la famille Goulot ? Pourquoi la petite Amélie, du quatrième, est-elle irrésistiblement attirée par l’évier de sa cuisine ? Et que fabrique donc l’Australien, le dingue du cinquième, avec ses planches et ses clous ? Oui, il s’en passe de belles, dans l’immeuble d’en face ! Mais au fait, si c’était chez vous ? »

« l’immeuble d’en face « de Vanyda – 2003
Vanyda Savatier, née le 8 octobre 1979 à Castelnaudary, est une auteure française de bande dessinée apparentée à La Nouvelle Manga.

Dans L’Immeuble d’en face, se trouvent trois appartements, un à chaque étage. Au premier vit Béatrice, une maman célibataire, enceinte de son second enfant. Au second, un couple d’une bonne quarantaine, Fabienne et Jacky, qui n’a pas d’enfant mais un gros chien Gipsy ! Enfin au troisième logent deux jeunes tourtereaux, Claire et Louis, étudiants tous les deux.
Chacun de ces groupes mène son existence propre, avec ses joies, ses lassitudes, ses jalousies, ses drames (perte d’une grand-mère, accident du chien…).
Et les hasards de la vie les font se croiser, s’entraider, se désirer… Il est question d’immeuble, d’étages, de gens, de vies qui se croisent, qui s’interpellent. Il s’agit de ces tranches de vie de tous les jours qui ressemblent un peu à l’ histoire des gens au quotidien, des rencontres devant l’ascenseur que l’on attend et où, bien souvent : les gens parlent de la pluie et du beau temps.
Ici, trois étages, un couple de jeunes, un couple de plus âgés avec un gros chien et une maman seule avec un garçon, enceinte.
A force de se croiser ils vont pénétrer dans les intimités des uns et des autres, échanger, s’inquiéter de leurs santés, du bébé à naître, le transport à la maternité, etc.

« I.G.H. roman de J.G. Ballard – 1975

« Dernier cri du modernisme, l’I.G.H., l’Immeuble de Grande Hauteur, se retrouve sous toutes les latitudes mais cette véritable « ville verticale » capable de se suffire à elle-même est-elle bien comme le proclament les urbanistes la solution miracle au problème de l’habitat ? Est-ce ce que souhaitent les utilisateurs ? Le docteur Robert Laing s’en est laissé persuader après son divorce et s’est installé à trois kilomètres de Londres dans la première tour achevée du complexe de cinq I.G.H. conçu par l’architecte Anthony Royal.
Laing est au vingt-cinquième étage de cette tour qui en compte quarante, Royal est au sommet. Plus important le revenu, plus élevé le niveau, encore que les logements soient si coûteux que même les habitants du bas doivent avoir un certain standing, tel Richard Wilder, producteur de télévision.
Des gens aisés, une ambiance de confort et de luxe mais aussi de tension sous-jacente jusqu’au jour où le millième et dernier logement est vendu, où la « masse critique » est atteinte – et c’est l’explosion, la mise à nu des désirs secrets, le défoulement, le retour à l’état primitif des troglodytes de cette falaise artificielle qu’est l’I.G.H.

« La tour des damnés » roman de Brian Aldiss – 2013

Brian Wilson Aldiss – né le 18 octobre 1925 à Dereham, Angleterre – est une figure incontournable de la science-fiction mondiale. Révélé par la revue anglaise New Worlds, il contribua largement à l’avènement de la New Wave britannique (Michael Moorcock, J. G. Ballard, John Brunner). À la tête d’une œuvre considérable et variée, Aldiss allie exigence du style et profondeur du contenu.

« En 1968, Brian Aldiss imagine une expérience aux proportions babyloniennes pour mesurer les effets de la surpopulation. Début du XXIe siècle. La terre semble avoir résolu ses problèmes de surpopulation et de famines. Et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, s’ il n y avait « la Tour ». Mélange de plastique, de béton et d acier, le fameux édifice dix niveaux de cinq étages chacun a été érigé en Inde en 1975 dans le cadre d’une expérience. À l origine, 1 500 volontaires dont 500 couples de moins de 25 ans y furent introduits afin d’étudier le comportement d individus soumis au confinement. 25 ans plus tard, 75 000 personnes pullulent à l intérieur. Le conditionnement a si bien fonctionné que personne ne semble vouloir sortir, ni même imaginer qu une autre réalité extérieure soit possible. Pourtant, un certain Thomas Dixit est chargé de mesurer l’intérêt de poursuivre l’expérience de La Tour… La Tour des damnés (Total Environment en anglais) explore aussi bien la faculté de l’humanité à chercher infatigablement des solutions à sa survie, que la puissance de la science et les problèmes d’éthique qui en découlent. Il évoque la capacité d’adaptation de l’homme face à son environnement, ainsi que son absolu besoin de pouvoir, de croyance et de domination. En 1968 (date de parution de la nouvelle d’Aldiss) paraissait aux Etats-Unis « The Population Bomb ». Le livre s’est vendu à plus de 2 millions d’exemplaires et a contribué à la prise de conscience collective des problématiques de population et d’environnement. « Dyschroniques » exhume des nouvelles de science-fiction ou d’anticipation, empruntées aux grands noms comme aux petits maîtres du genre, tous unis par une même attention à leur propre temps, un même génie visionnaire et un imaginaire sans limites. À travers ces textes essentiels, se révèle le regard d’auteurs d’horizons et d’époques différents, interrogeant la marche du monde, l’état des sociétés et l’avenir de l homme. Lorsque les futurs d’hier rencontrent notre présent… »

« Les monades urbaines » roman fiction de Robert Silverberg 1971
Robert Silverberg, né le 15 janvier 1935 à Brooklyn, est un romancier et nouvelliste américain. Ses domaines de prédilection sont la science-fiction et la fantasy.

« La planète Terre en l’an 2381 : la population humaine compte désormais plus de 75 milliards d’individus, entassés dans de gigantesques immeubles de plusieurs milliers d’étages. Dans ces monades, véritables villes verticales entièrement autosuffisantes, tout est recyclé, rien ne manque. Seule la nourriture vient de l’extérieur. Ainsi, l’humanité a trouvé le bonheur. Des bas étages surpeuplés et pauvres aux étages supérieurs réservés aux dirigeants, tous ne vivent que dans un but: croître et se multiplier. Plus de tabous, plus de vie privée, plus d’intimité. Chacun appartient à tout le monde. La jalousie et le manque n’existent plus. Contentez-vous d’être heureux. La monade travaille pour vous et maîtrise tout. Quand à ceux qui n’acceptent pas le système, les anomos, ils seront eux aussi recyclés. Pour le bien-être du plus grand nombre… L’utopie futuriste est une entreprise délicate, tant ce genre compte de chefs-d’œuvre indépassables, souvent fondateurs de la science-fiction. Loin de recycler de vieilles idées, Silverberg (Le château de Lord Valentin, les Chroniques de Majipoor) en renouvelle le genre avec intelligence et subtilité. Un grand classique à ranger aux côtés de 1984 d’Orwell ou du Meilleur des mondes de Huxley. –GL. « 

« Selon l’imagination de l’auteur, l’humanité vivra en 2381 dans des tours hautes de 3000 mètres, chacune peuplée de quelques 880 000 personnes : les Monades Urbaines. L’humanité aura ainsi trouvé un recours à la surpopulation en se développant verticalement et en exploitant la surface terrestre ainsi libérée exclusivement pour l’agriculture. Au sein des monades, une société hiérarchisée et prétendument utopique se développera avec comme principal objectif l’accroissement de la population mondiale. »

« Sens dessus dessous » roman de Milena Agus – 2016
Milena Agus née en 1959 à Gênes d’une famille sarde, est une romancière italienne.

« Les faits. Juste les faits. C’est à ça que la narratrice, jeune étudiante, voudrait s’en tenir à travers les allées et venues des voisins de l’immeuble où elle vit à Cagliari. Un immeuble bi-face. Côté port, les beaux appartements résidentiels. Côté rue, les appartements modestes. Tout en haut les Johnson, qui occupent la totalité du dernier étage, surnommé Buckingam Palace par certains. Un lieu qui fait rêver, d’autant que le propriétaire, monsieur Johnson, y joue du violon…Tout en bas Anna, une femme de ménage débordante de gentillesse. »

Revue de presse sources Diacritik :

« La composition du récit est aussi farfelue que tous les personnages que le roman met en scène : la première partie se compose de 15 chapitres de 124 pages, la deuxième de 6 chapitres de 24 pages et la troisième ne contient qu’une seule page : l’épilogue. La narratrice dont on connaîtra le prénom seulement à la fin du roman parce qu’il figure dans le titre de la bien courte deuxième partie, habite un appartement qui se trouve entre celui de Mr. Johnson et celui d’Anna, deux personnes d’un certain âge qu’elle mettra bientôt en relation. Lui, un ancien apparemment célèbre violoniste américain abandonné par sa riche femme sarde, c’est un homme qui ressemble à ces beaux vieillards « genre Sean Connery, Clint Eastwood ou Paul Newman » mais dont l’allure, bien qu’élégante, ressemble plutôt à celle des laissés-pour-compte de Beckett : poches trouées, ourlets décousus, lacets défaits, chaussettes dépareillés ; elle, malade de cœur, encore belle mais très fatiguée à cause de la maladie et du dur labeur de domestique qui l’occupe jusqu’à tard le soir, c’est une grande et douce rêveuse, se situant plus du côté des personnages flaubertiens et, pour son côté fantasque, elle se révèle très durassienne. Mr. Johnson cherche une gouvernante, Anna fait l’affaire, elle pourra ainsi monter rien que deux étages et oublier ses longs trajets éreintants. La narratrice est ravie d’avoir trouvé une solution qui, en outre, réunit deux personnes seules, Anna a été aussi abandonnée par son mari. » Revue de presse sources Diacritik


Et au milieu Alice, Giovannino et les autres. Chacun avec son grain de folie. Ils se croisent, échangent leurs rôles. Pour affronter les turbulences de la vie et les amours compliquées, ils montent et descendent l’escalier qui les sépare. Difficile donc de démêler les faits, juste les faits, dans ce monde qui est sens dessus dessous. »

« Moonbloom » roman de Edward Lewis Wallant – parution 2018
Edward Lewis Wallant est un écrivain américain né le 19 Octobre 1926 et mort le 5 décembre 1962

« Norman Moonbloom est un rêveur qui n’a jamais réussi à aller au bout des choses. Après des études avortées, il se voit confier par son frère autoritaire un poste de gérant de plusieurs immeubles à New York, pour la plupart défraîchis et sur le point de s’écrouler. D’un air distrait et distant, il fait la tournée des locataires pour récolter ses précieux loyers. Mais alors que la mission semble des plus simples, il va devoir se confronter à l’intimité des autres. Et les personnages qui peuplent ces appartements sont hauts en couleur. Il y a Karloff, un Juif d’Europe centrale centenaire qui a choisi de vivre dans la crasse et de boire pour oublier. Stan Katz, le joueur de trompette blanc qui partage un appartement avec Sidone, un batteur noir homosexuel ? les deux font la bringue à défaut de faire la paire. Des familles étriquées, des couples qui se disputent à coups de jets de bouteilles, des professeurs alcooliques qui récitent du T.S. Elliot en conspuant la société. Sans parler de leurs récriminations constantes : réparer ceci, réparer cela, boucher ce trou, repeindre, remplacer, vider… Sortant peu à peu de sa léthargie, c’est plein d’entrain et de façon frénétique qu’il va alors tenter de remettre à neuf ces immeubles et de rafistoler ces êtres bosselés, et prendre du même coup conscience de sa propre existence. Edward Lewis Wallant nous entraîne avec Moonbloom au cœur d’un microcosme grouillant de vies qui, à la façon d’un George Perec dans La vie mode d’emploi, dresse un tableau de la comédie humaine drôle et émouvant. « Tous les romans qu’il a eu le temps de terminer durant sa courte vie sont de parfaits petits chefs-d’oeuvre. Moonbloom est un livre plein de charme, traversé par un comique léger non exempt de mélancolie.’ DE (extrait de la préface). »

« Les contes de Murboligen » Frode Grytten – 1999
Frode Grytten, né le 11 décembre 1960 à Bergen, est un écrivain et journaliste norvégien.

« Un vieux garçon fan de Morrissey attend dans le désarroi et la résignation que s’achève la lente agonie de sa mère. Sa voisine, surnommée la princesse du Burundi, obèse magnifique mais complexée, se refuse à Adam Bodor, le maigrichon du quartier, jusqu’à le rendre à moitié fou. À quelques pas vit Harry, qui ne se remet pas d’avoir été élu  » Norvégien moyen de l’année  » par un tabloïd d’Oslo, et un peu plus loin encore Robert Lie, un policier raté, que la rancœur et les désillusions pousseront à commettre un crime. Ce ne sont là que quelques-uns des habitants dont les destins se croisent et se superposent à Murboligen, un immeuble populaire de la petite ville industrielle d’Odda, perdue au fin fond d’un fjord, dans l’ouest de la Norvège. Sur fond de pop culture anglo-saxonne -des Smiths à Sean Penn en passant par Billie Holiday -, ces chroniques de la vie quotidienne dévoilent les amours en souffrance, les rêves inachevés, les douces folies et les lourds secrets des personnages, et évoquent avec justesse les imbroglios de l’existence. Ce roman a été sélectionné pour plusieurs prix et a obtenu le très prestigieux prix Brage en 1999, l’équivalent du Goncourt en Norvège. »

« L’immeuble des femmes qui ont renoncé aux hommes » Karine Lambert – 2014
Observatrice et sensible au monde qui l’entoure, Karine Lambert est une romancière et photographe belge. Derrière son objectif, elle capte des instants de vie essentiels : éclats de rire, de fragilité et de vérité. Que ce soit avec des images ou avec des mots, elle raconte ce qui la touche.

« Cinq femmes d’âges et d’univers différents cohabitent dans un immeuble parisien. Elles ne veulent plus entendre parler d’amour et ont inventé une autre manière de vivre. L’arrivée d’une nouvelle locataire va bousculer leur équilibre. Juliette est séduite par l’atmosphère chaleureuse de cette ruche, à un détail près : l’entrée est interdite aux hommes. Va-t-elle faire vaciller les certitudes de ses voisines ou renoncer, elle aussi ? Ce roman vif et tendre oscille entre humour et gravité pour nous parler de la difficulté d’aimer, des choix existentiels, des fêlures des êtres humains et de leur soif de bonheur. On s’y sent bien. »

« Le Signal » de Sophie Poirier – 2022

« Une histoire d’amour hors du commun, entre une écrivaine et un immeuble : Le Signal. L’histoire d’un rêve immobilier ayant viré au cauchemar, du fait de l’érosion marine. Comment habiter un lieu abandonné, comment l’aimer, que retenir de sa dégradation : une enquête menée par Sophie Poirier, alliant sociologie et poésie. »

Le Signal est un immeuble construit à la fin des années 60 à Soulac-sur-Mer. C’est un immeuble de vacances, en face de l’océan qui est à plus de 200 mètres lors de sa construction. « C’est un projet qui ressemble à tous ceux de la fin des Trente Glorieuses et de l’arrivée du tourisme de masse » explique Sophie Poirier.
En 2014, après une grosse tempête, l’eau est très proche, l’immeuble est évacué, qui est aujourd’hui encore là mais qui sera détruit à la fin de l’année 2022.

Sophie Poirier est née en 1970 et habite Bordeaux. Elle a animé des ateliers d’écriture et écrit des chroniques pour divers supports culturels. Elle a collaboré avec de nombreux artistes et publié des livres très divers, dont La libraire a aimé (2008). Le Signal est son premier livre chez inculte.

« C’est un immeuble qui m’a procuré un choc esthétique quand j’y suis rentrée alors qu’il était abandonné… cela m’a ramenée à ces abandons de lieux, ces endroits qu’on doit laisser… » raconte Sophie Poirier. L’auteure a commencé à écrire sur cet endroit et en est tombée amoureuse.  

« Ravage » René Barjavel – 1943

Visions du futur par Barjavel : nous sommes en 2052 dans le futur façon Georges Orwell « 1984 »

René Barjavel est un auteur et un journaliste français né le 4 Janvier 1911 à Nyon dans la Drôme et mort le 24 Novembre 1985 à Paris .

Roman fiction « RAVAGE » : En 2052, tout le fonctionnement de la société repose sur la technologie. La ville de Paris a été reconstruite à partir des travaux de l’architecte Le Cornemusier (paronyme de Le Corbusier), seul Le Sacré-cœur, vestige de l’ancienne civilisation, domine encore la capitale. Les véhicules se déplacent dans les airs, les robinets distribuent de l’eau et du lait. Les grands écrans ont envahi les logements. Un jour, une gigantesque panne d’électricité paralyse tout le monde. Rapidement, vivre devient impossible et il faut se battre pour survivre. François Deschamps (né en 2032), un jeune homme originaire de la campagne, décide de fuir la capitale et espère construire un monde meilleur. Il rassemble quelques affaires et des provisions, regroupe ses amis, auxquels se joint Blanche, une jeune fille qu’il connaît et aime depuis longtemps et ensemble ils prennent la route. »

« Vous ne savez pas ce qui est arrivé ? Tous les moteurs d’avions se sont arrêtés hier à la même heure, juste au moment où le courant flanchait partout. Tous ceux qui s’étaient mis en descente pour atterrir sur la terrasse sont tombés comme une grêle. Vous n’avez rien entendu, là-dessous ? Moi, dans mon petit appartement près du garage, c’est bien un miracle si je n’ai pas été aplati. Quand le bus de la ligne 2 est tombé, j’ai sauté au plafond comme une crêpe… Allez donc jeter un coup d’œil dehors, vous verrez le beau travail ! »
De l’autre côté de la Seine une coulée de quintessence enflammée atteint, dans les sous-sols de la caserne de Chaillot, ancien Trocadéro, le dépôt de munitions et le laboratoire de recherches des poudres.
Une formidable explosion entrouvre la colline.
Des pans de murs, des colonnes, des rochers, des tonnes de débris montent au-dessus du fleuve, retombent sur la foule agenouillée qui râle son adoration et sa peur, fendent les crânes, arrachent les membres, brisent les os.
Un énorme bloc de terre et de ciment aplatit d’un seul coup la moitié des fidèles de la paroisse du Gros-Caillou.
En haut de la Tour, un jet de flammes arrache l’ostensoir des mains du prêtre épouvanté. »

Extrait du livre : « Les studios de Radio-300 étaient installés au 96e étage de la Ville Radieuse, une des quatre villes Hautes construites par Le Cornemusier pour décongestionner Paris. La ville radieuse se dressait sur l’emplacement de l’ancien quartier du Haut-Vaugirard, la Ville rouge sur l’ancien bois de Boulogne, la ville Azur sur l’ancien bois de Vincennes, et la ville d’Or sur la Butte-Montmartre. Des bâtiments qui couvraient jadis celle-ci, seul avait été conservé le Sacré-Coeur, ce spécimen si remarquable de l’architecture du début du XX° siècle, chef-d’œuvre d’originalité et de bon goût » ….

« Ce vieux quartier fut rasé. Un peuple d’architectes et de compagnons édifia la ville d’Or. Dans le même temps, un gouvernement ami de l’Art et de l’ordre donnait un statut aux artistes si longtemps abandonnés à l’anarchie. L’étage supérieur de la Ville d’or leur fut réservé, des appartements pourvus du dernier confort mis à leur disposition…

Revue de presse : sources Allée des curiosités « La description du monde imaginaire créé par Barjavel est un trésor de créativité, où l’on se laisse emporter dans un univers parallèle aussi attirant qu’affolant. Le réchauffement climatique y rend l’atmosphère étouffante, les inégalités sociales persistent mais la technologie rend le quotidien exotique et fascinant.

Mais cette première partie du livre, baptisée « Les Temps nouveaux », ne dure pas… et dans la seconde partie, « La chute des villes », un événement vient bouleverser le quotidien : dans un contexte de tensions politiques, l’électricité est brutalement coupée à Paris. Dans un monde où tout tournait à l’électricité. Les conséquences sont dramatiques et ce sont elles qui vont occuper les deux autres parties du roman (« Le chemin de cendres » et « Le Patriarche »)… avec une réflexion de fond sur les dangers du progrès… A l’époque de la parution de Ravage, l’architecte Le Corbusier avait, dans la vraie vie, exposé sa conception de l’architecture moderne et de l’habitat collectif… et son projet allait prendre vie juste après la Seconde Guerre Mondiale à travers la construction des « Cités Radieuses », des immeubles aménagés avec un mélange d’appartements et d’équipements collectifs (magasins, équipements sportifs, une terrasse commune avec école et gymnase)…Et justement, quand une coupure d’électricité vient empêcher ce monde de machines de fonctionner « normalement », l’homme doit revenir à des fondamentaux : l’humble travail de la terre loin de la biotechnologie et des légumes de synthèse, la débrouille, la vie en petite communauté loin des villes tentaculaires…

Barjavel a très probablement été influencé par le contexte d’écriture de son livre, publié en pleine Seconde Guerre Mondiale : la guerre révélait, à bien des égards, le pouvoir destructeur de l’homme et de ses technologies alors qu’elles allaient de pair avec une société bien plus « évoluée ».

Ravage portait initialement le titre Colère de Dieu et le lecteur ne s’y trompe pas : il s’agit bien de juger l’homme sur son rapport au progrès, de lui rappeler le risque d’aller trop loin avec la science en perdant le contact avec des valeurs plus simples… »Revue de presse : sources Allée des curiosités

« Ravage » roman extraordinaire de René Barjavel

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